La belle au bois dormant

Dans l'écriture de l'Histoire, il semble que chacun essaie de tirer la couverture de son bord pour correspondre à ses valeurs. Cette tendance à distordre l'Histoire se retrouve même dans les légendes et les contes. Mes recherchistes ont fait des trouvailles étonnantes qui nous ont conduit à réécrire, nous aussi, des passages de l'Histoire.
( En vérité ce texte n'a aucune prétention à part celle d'amuser. Je crois bien qu'il ne contient rien d’offensant. À part la vérité, bien sûr.)

Il était une fois un roi et une reine qui ne parvenaient pas à avoir d’enfants. Il essayèrent des pèlerinages, des potions aphrodisiaques et toutes les techniques du Kama Sutra. Rien n’y faisait ! Les mauvaises langues racontèrent que même les serviteurs du château furent mis à contribution, si bien qu’un jour la reine fut engrossée. Arriva enfin le moment si attendu et la reine accoucha d’une fille. Tout excité, le roi accourut dans la chambre et se penchant sur la nouvelle-née, il s’écria:

--- Yech ! C’est quoi cette affaire-là! Quelle horreur!

Car elle était si laide que la sage femme qui l’avait mise au monde se suicida de remords et les serviteurs et servantes du château firent des cauchemars, des dépressions nerveuses et des crises d’épilepsie. La situation devint à ce point critique que le roi décida d’engager des aveugles pour s’occuper de la petite princesse. Il congédia l’ancien personnel en leur accordant une rondelette prime de départ pour acheter leur silence. À partir de là, ils firent accroire aux nouveaux employés aveugles que leur fille était belle comme un ange et les enjoignit de répandre la bonne nouvelle dans le Royaume. Cependant la coutume voulait qu’au baptême de l’enfant le couple royal fît un festin et invitât les fées de la région à venir faire des dons. Le roi, préoccupé par cette éventualité, s’adressa à la Reine en ces termes:

--- Mais qu’allons nous faire, ma Reine ? Pas question de montrer notre progéniture. On deviendrait la risée du peuple qui remettrait en cause la pureté de notre lignée. Soyons francs ma chère, vous avez accouché d’un bâton de dynamite qui risque de faire sauter notre crédibilité.

Mais la reine, plutôt débrouillarde, eut une idée géniale. Il y avait au château une servante qui avait enfanté d’un garçon quelques jours après l’accouchement de la reine. Un garçon très mignon que ses parents appelèrent Isis.

--- Pas de panique! Nous allons substituer Isis, le garçon d’Aménomède, à la place de notre fille.

--- Oui mais que deviendront les dons que les fées vont lui donner? Ils iront à Isis!

--- No problemo, fit la reine. Nous allons d’abord leur montrer l’enfant. Puis, à la fin du repas, quand viendra le temps des dons, les fées doivent toucher le talon de l’enfant. Ainsi nous aurons amplement le temps d’échanger les bébés à nouveau et recouvrir la tête de la petite. On leur dira qu’elle dort. Et le tour est joué.


Rassurés par la subtilité de ce stratagème, ils dénombrèrent six fées dans les alentours et leur envoyèrent un courriel d’invitation. Le subterfuge fonctionna à merveille et tour à tour les fées touchèrent le talon de l’enfant avec leur baguette et récitèrent les incantations appropriées. L’une accorda la beauté , l’autre l’intelligence, l’autre encore la grâce et les autres fées enchaînèrent avec le don de la danse, du chant et de la maîtrise des instruments de musique. Et tous les convives applaudirent en se bourrant la face de desserts.

Mais soudain à la surprise générale, entra une autre fée qu’on avait omis d’inviter. À voir son visage austère on devinait qu’elle était en beau crisse.* Elle interpréta l’oubli comme un affront personnel car ce n’était plus une fée mais un fé. Il s’était fait changer de sexe l’année précédente. Les excuses ne suffirent pas à atténuer son courroux et le fé, plus âgé et plus puissant que les autres fées annula tous leurs dons et déclara sèchement:

---La princesse se percera avec une aiguille et elle en mourra. Point final ! Et le fé sortit de la pièce en claquant la porte.

Tous les invités pleuraient de la tournure des événements. Aussi les autres fées se concertèrent et en unissant leurs pouvoirs ils atténuèrent la portée du sort de sorte qu’il en résulta que la princesse dormirait pour cent ans mais qu’elle ne mourrait pas.

Le Roi, pour tâcher d'éviter le malheur annoncé par le fé ordonna qu’on cache toutes les aiguilles et les objets piquants dans une chambre du château. Ainsi, pour quinze ans, aucun incident fâcheux ne survint. Mais un jour que ses parents étaient partis en ville, la princesse qui n’était pas très futée voulut préparer elle même la salade pour son repas. Elle se rendit donc dans le jardin pour cueillir de la salade fraîche et différentes herbes comestibles. Soudain elle fut attirée par l’arôme particulière d’une plante coincée dans les fougères au bord du jardin et elle en arracha plusieurs feuilles pour agrémenter le goût de sa salade. Par malheur, c’était un plant de pot qu’Isis cachait dans le jardin du château pour se faire un peu d’argent de poche en vendant les cocottes.

--- Wow, quelle salade hallucinante, s’exclama la princesse avant de tomber dans les pommes, affalée de tout son long sur le divan du salon.

Une servante qui passait l’aspirateur dans le salon trébucha sur ses jambes et repérant le corps inerte de la princesse, elle décida de la transporter dans un lit à l’étage. Mais cette servante, récemment embauchée, se trompa de porte et coucha la jeune princesse dans la chambre à aiguilles. Le lendemain lorsqu’ils la retirèrent de la chambre, il y avait tellement d’aiguilles de plantées dedans qu’elle ressemblait à une pelote à épingle. Elle s’était roulée dans les aiguilles à force de se débattre avant de sombrer dans un profond sommeil. Après cet incident, les enfants du château, pour rigoler, la surnommèrent la ‘’princesse porc-épic’’.

Or les bonnes fées avaient anticipé la chose et l’une d’elle, spécialiste de la cryogénie, se rendit au château et fit tourner sa baguette et tous les habitants du château furent gelés en attendant l’éveil de la princesse. Isis aussi fut gelé et toutes les servantes et le roi et la reine et les chiens et les chats. La fée décréta qu’ ils se réveilleraient 6 mois avant l’échéance prévue afin de préparer le retour de la princesse.

Ainsi 99 ans et six mois passèrent et la rumeur ressurgit qu’un jeune prince viendrait éveiller la princesse. Or le seul prince disponible à mille lieues à la ronde s’appelait Antoine et vivait dans un autre royaume. Mais un sérieux accroc à ce projet est qu’Antoine venait de faire son coming out après avoir été surpris à jouer aux fesses avec son cousin Hector. Il déclara sèchement ne pas être intéressé à la princesse malgré sa prétendue beauté. Cependant ses parents parvinrent à le convaincre de l’importance d’accomplir son destin et des bénéfices qu’une liaison entre les deux Royaumes, même une union de convenance, apporterait à sa famille.

Isis, aide cuisinier au château, avait seize ans maintenant. Il entendit parler de la venue du prince. Très curieux, il observa à partir de l’une des meurtrières du château le jeune Antoine descendre d’un carrosse et s’approcher de l’entrée. Il le trouva fort beau et ne put s’empêcher d’envier la princesse. Malgré qu’il fut un bon petit gars, un plan machiavélique se forma dans son esprit. Il se précipita à l’étage et soulevant la princesse, il la dissimula sous le lit. Puis il trouva une perruque dans un tiroir et commença à se déshabiller pour mettre une robe. Mais le prince poussait déjà la porte de la chambre et Isis se faufila en vitesse sous le drap et fit semblant de dormir. Antoine, le jeune prince s’approcha du lit et trouva le visage de la princesse à son goût et se pencha pour l’embrasser. Mais soudain il fut intrigué par la bosse entre les jambes de la princesse. Quelque chose clochait là, parce qu’ Isis parvenait mal à contenir son excitation. Et quand la bosse se redressa encore davantage,

--- Mais… tu es un garçon ! s’exclama le prince.

--- Oui, mon prince. Je demande pardon. J’ai commis un abominable méfait.

--- Bof, répliqua le prince, pas si abominable que ça.

Et il joignit Isis sous le drap pour faire plus ample connaissance.

Tout le monde se réjouit du réveil de la princesse et comment elle était belle. On crut que les dons des fées avaient enfin pris effet. Isis garda les vêtements féminins le temps de célébrer leur mariage et ils partirent pour un voyage de noces dont ils ne revinrent jamais.

Mais il fallait bien s’y attendre, au cours du ménage du printemps, on retrouva la princesse sous le lit. Évidemment, le roi et la reine, sous le choc mais conscients des enjeux politiques à devenir les dindons de la farce, décrétèrent un secret d’état sur toute l’affaire.


Ainsi fut préservée la légende de ‘’La belle au bois dormant’’

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Mais qu’est-il donc advenu de la princesse? Et bien, aucun prince ne l’embrassa jamais mais le fé eut finalement pitié d’elle et décida de lever le sort. La princesse se réveilla donc et à la suite de plusieurs chirurgies esthétiques, elle trouva un prétendant et fut heureuse. Elle donna naissance à une longue lignée de descendants dont le plus connu est Michael Jackson.

              Ce texte a été composé avant le décès de Michael Jackson. Je ne vais donc pas le modifier.

   R.F.C. alias Microbius le deuxième  
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